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Jeudi 11 mai 2006

Comment en finir avec l’enlisement et la stagnation ?

 

Comment redonner un dynamisme à l’Université d’Evry ?

 

 

 

J’ai, l’an dernier, mené une bataille pour que nous arrivions à établir une liste qui se présente avec un programme et des objectifs clairs, ambitieux et rigoureux pour l’UEVE.

 

 

Nous avons emporté 50% des élus dans tous les conseils et tous les corps d’enseignants. Malgré ce que je considère comme une victoire quelques-uns uns (Billy, André et Quétin) se sont acharnés à m’écarter de la direction. Ils y ont réussi.

 

 

D’autres dans notre liste ont pensé qu’une stratégie de contournement du Président pourrait aboutir à des résultats.

 

  • Force est de constater que cette stratégie ne marche pas et que celles et ceux qui étaient de cet avis ont eu tord.

     

  • Force est aussi de constater que notre université est dans une très mauvaise passe et que la responsabilité de D. André et du triumvirat de l’ancienne direction (André, Billy, Quetin) est considérable dans cet enlisement comme le montre le CNE

Comme je suis soucieux du service public, je continue de m’inquiéter pour l’avenir de l’UEVE.

 

Comme chacun je me pose  la question : comment en sortir ?

 

« André va démissionner », dit la rumeur.

 

 Mais ce n’est que rumeur. Je ne crois absolument pas à sa démission.

 

On est en mai 2006. Le mandat de André se termine en juin 2007. Je crains qu’il soit là jusqu’en juin 2007.

 

Le service public aura dans ce cas perdu 5 ans !

 

 Avec un homme qui est incapable de prendre une décision positive  (c’est le cas comme on le voit, pour  le LMD…)

 

Un homme qui abuse en revanche de ses pouvoirs en s’attaquant aux moins protégés  (comme les PAST)

Un homme qui ne défend aucun principe universitaire (comme dans le cas de nos collègues de LEA) et qui accepte toutes les compromissions (ses velléités dans l’affaire irrésolue encore, de la CSE gestion, nous salissent tous).

 

La liste est longue; je ne l’allongerai pas inutilement : relisez mes différentes interventions de cette année.

 

 

Je propose donc de provoquer une situation qui poussera enfin, à la démission André. Jeannine et Richard doivent démissionner et surtout déclarer pourquoi. Au cours de cette année, je vous ai (avec Yves Sabourdy) donné tous les arguments qui montrent l’urgence d’une action de clarification. A aucun moment, vous n’avez saisi la balle au bond. Nos 2 VP doivent prendre leurs responsabilités. Vous devez, Jeannine et Richard, nous dire votre opinion. Je tiens à faire remarquer que je suis le seul à m’exprimer publiquement. Qui d’autre le fait ? Celui qui prétend animer la liste aujourd’hui ne dit jamais rien publiquement. Les collègues de rang A sont dans une logique du « cher » collègue : « Nous collègues de rang A, nous sommes entre gens de bien (et ce par essence car nous sommes Professeurs des universités). Il est inadmissible qu’on s’attaque à un collègue ». Le fond de l’affaire est là. On ne veut pas faire de vagues.

 

Heureusement que dans d’autres universités et en d’autres temps des gens ont eu le courage de sa battre contre l’injustice, contre des décisions iniques.

 

 Collègues d’Evry, ayez un peu de courage ! Votre position n’est pas et ne sera jamais mise en danger. Exprimez-vous publiquement. Ayez le courage de dire ce que vous pensez tout bas ou ce que vous dites en catimini dans les bureaux.

 

 

Pour revenir enfin à notre mission d’Universitaires c’est à dire au premier chef de membre de Service public de l’Enseignement et de la recherche il serait hautement souhaitable de débattre entre nous des missions de notre université.

 

 Cette question a fait l’objet d’un début de débats au cours des élections. Elles  sont aujourd’hui abandonnées car il n’y pas de démocratie, dans notre université  et il n’y a pas de débat démocratique. Nos représentants VP et l‘animateur de la liste sont trop englués dans la stratégie de contournement qui a échoué  et  ne veulent pas ou ne trouvent pas le moyen et la méthode pour susciter le débat qui seul fera progresser notre Université.

 

 La vraie question que nous devons poser est celle-ci : comment renforcer au plus haut niveau la recherche et l’enseignement dans les secteurs scientifiques, comment y attirer les jeunes, tout en tenant compte de la présence en nombre de jeunes dans les secteurs des sciences humaines, sociales, de gestion et de droit ?

 

 Les jeunes de ces secteurs  ne doivent plus servir  de prétexte pour obtenir des moyens financiers ou des postes.

 

L’université ne peut plus fonctionner sur ce modèle.

 

 On sait tous que ces jeunes sont les plus fragiles et l’université ne répond pas à leurs attentes  (je vous renvoie à la lecture de l’article intitulé « Massacre organisé à l'université » par Grégoire BIGOT - Article publié le 7 avril 2006 dans le journal « Le Monde ») et disponible sur le Blog du SnesupEvry (http://snesup-evry.over-blog.com/ ).

 

Pour tous ces jeunes, notre système universitaire est devenu obsolète. Il faut que nous universitaires,  prenions nos responsabilités. Le secteur professionnalisé et la formation par alternance sont des chances pour ces étudiants quand ils ne sont pas en mesure de suivre certaines filières théoriques. Je crois qu’il faut aussi dans ce domaine prendre nos responsabilités fondées sur une analyse réaliste et honnête.

 

Un  collègue  vient de me faire parvenir un papier fort instructif dont je vous joins quelques extraits à la fin de ce texte. Il pose à mon avis de vraies questions auxquelles l’université, notre université, devra répondre, et cela dans les mois qui viennent !

 

 

Il faut proposer d’autres formations qu’une licence suivie un master pour ces jeunes : ouvrir des licences pro, développer dans les filières de réelles structures d’accompagnement, évaluer les mesures prises, ouvrir des filières en relation notamment avec les collectivités territoriales ouvrant sur de nouveaux métiers, etc.

 

 Par ailleurs il n’est pas possible de laisser des secteurs entiers (gestion université et IUT, domaine des questions urbaines, LEA) sans recherche organisée à Evry. D’une manière générale comme l’a relevé le MENRT, lors de son évaluation l’ensemble du secteur sciences humaines, sociales d’Evry a une recherche insuffisante (cf. avis sur l’école doctorale et sur les labos).

 

Il n’y a qu’en créant des labos mixtes avec des organismes  et surtout des antennes de labos reconnus d’autres universités que nous pourrons assurer aux diplômes une reconnaissance, et assurer pour nos  étudiants une formation de qualité. Cette démarche a d’ailleurs été engagée en physique…

 

 

Enfin, pour revenir au secteur scientifique, nous devons élargir le débat et se poser la question de la place de notre pays dans le monde en ce qui concerne la recherche, la R&D, l’innovation. Notre université, dans ce cadre, doit avec son budget, développer sa propre politique de recherche, de formation par la recherche, attirer de nouvelles équipes innovantes. Elle doit aussi avoir une politique qui attire les lycéens vers les secteurs scientifiques et se donner les moyens de lutter contre l’échec en première année (à cet égard, nous n’avons jamais évalué les actions menées) et ainsi voir ses effectifs augmenter dans ces secteurs.

 Quand on sait que la moitié du corps professoral sera renouvelé dans les 5 à 10 ans, notre université a une carte à jouer et lancer à ce sujet un débat démocratique et faire des propositions au MENRT, qui aujourd’hui (après la crise des banlieues, la bataille contre le CPE) ne serait certainement pas sourd aux projets s’ils étaient ambitieux, cohérents et réalistes.

 

 

Voilà les quelques contours d’un débat que je souhaite ouvrir dans l’université ou au moins au sein de notre liste.

 

 

Bien à vous et bon courage.

 

 

Le 11 mai 06, Gilles Waksman

 


 

 

 

Pour nourrir notre réflexion  cet extrait d’un article écrit  par un collègue et que je vous livre ici, avant sa parution définitive !

 

 

« Pendant qu’ils font de la sociologie, ils ne sont pas au chômage ! » me répondait avec conviction, en mars 2003, un ministre du gouvernement français qui me recevait dans sa mairie.

Effectivement, comme le montrent les études des chercheurs en sociologie, ce sont les « populations d’origine moyenne ou populaire»[1] dont « le capital scolaire est assez faible » et qui en général « sont plus âgées que la moyenne » qui s’inscrivent dans ces matières à l’université et qui deviennent « le plus souvent (des) employés » ou sont « en statut précaire » ou « travailleurs sociaux »[2].

« La pseudo démocratisation  de l’université est en fait un massacre organisé » comme le souligne si justement Grégoire Bigot[3].

On dénombre :

  • 67 197 étudiants en psychologie
  • 53 874 étudiants en histoire
  • 52 709 étudiants en science de l’informatique et de la communication
  • 28 053 étudiants en sociologie
  •   5 923 étudiants en archéologie, ethnologie et préhistoire

Pour ne retenir que ces disciplines universitaires.[4]

Cette entrée en masse en premier cycle est encore accentuée par la multiplication des baccalauréats technologiques ou professionnels comme le montre bien Alain Chenu[5], nécessitée par la volonté politique du « grand bond en avant » qui doit amener dans « l’avenir radieux », 80% de classes d’âge au Baccalauréat. Comme le souligne l’analyse d’Odile Piriou pour ces étudiants de sociologie appelés de ses vœux par ce Ministre d’alors, il y a bien des difficultés, contrairement aux autres disciplines, à trouver un modèle professionnel autre que le « sociologue académique de l’Université ou du CNRS »[6].Or, et c’est une évidence, malgré l’augmentation importante des enseignants du supérieur en cette matière, les débouchés professionnels manquent cruellement !

 

La professionnalisation matérialisée naguère par la création des DESS (Bac+5) n’a pas plus été une réussite, hormis bien entendu les matières déjà essentiellement professionnelles, comme le souligne encore Charles Soulié à la suite de Pierre Bourdieu. Un diplôme « en dehors du marché académique[7] » ne vaut « en grande partie (que) ce que vaut déjà socialement mais aussi professionnellement son porteur »[8].

 

A ouvrir largement, sans sélection, à des enfants de milieux défavorisés, en raison de leurs origines sociales et scolaires, des premiers cycles universitaires, est une stupidité doublée d’un crime social et économique. « Comme la sociologie, la psychologie ou les langues »[9], il est tout aussi criminel, depuis 2002, d’avoir laissé filer la création des masters professionnels (successeurs des DESS) dans ces disciplines dont les débouchés ne devraient, au moins pour la sociologie à ce niveau, n’être que l’enseignement supérieur ou la Recherche !

 

« La société du risque »

 

 

En dénaturant la réforme du LMD[10], depuis 2002 par corporatisme, imprévoyance ou lâcheté, les ministres de l’Education Nationale français, à commencer par le séduisant « dîneur en ville » devenu coqueluche des « Hauts Plateaux »[11] ces médias à la mode dont certaines chaînes de télévision prétendument d’information, ont amené la jeunesse estudiantine là où elle en est.

« Seule la France est capable d’un tel génie pervers et finalement destructeur de l’idée même d’enseignement public »[12].

Il ne faut donc pas s’étonner que ces jeunes désabusés « qui se pensent plus rarement qu’autrefois comme de futurs intellectuels »[13] brûlent les écoles qui les ont laissés sans diplômes (150 000 selon le Ministère) ou dégradent les universités qui ne les conduisent qu’à la précarité et à l’exploitation.

 

Suite du texte qui peut être mise ou totalement ou partiellement selon envie…ou pas du tout

 

Il faut être bien incompétent ou obstinément inconscient, comme naguère Jules de Polignac[14] , pour proposer à des étudiants de sociologie, de lettres ou de sciences humaines, dont les débouchés sont à 80% dans le secteur public ou para-public, des contrats de travail uniquement destinés aux entreprises privées ?

Il faut aussi avoir une véritable méconnaissance de ce qu’est une entreprise et de ce que sont les orientations politiques, « traditionnellement à gauche, des étudiants comme des enseignants de ces disciplines » [15] pour mettre ainsi en porte-à-faux les chefs d’entreprise à commencer par ceux des TPE et des PME. « Les patrons vont payer très cher un soutien mesuré d’un contrat devant lequel ils ont été mis devant le fait accompli » s’insurge Sophie de Menthon[16].

 

Qu’il est doux d’entendre encore, les doctes fonctionnaires devenus des hommes politiques fustiger ces jeunes « qui ne savent plus prendre de risque ». Si nous sommes bien entrés dans la « société du risque »[17] au sens d’Ulrich Beck, c'est-à-dire celle où « la production sociale de richesses est systématiquement corrélée à la production sociale des risques », nous sommes entrés dans une « paupérisation nouvelle[18] ».

C’est l’attitude face au risque, c'est-à-dire la manière de le répartir, de le gérer ou de l’éviter qui détermine aujourd’hui les processus économiques mais surtout politiques et sociaux. Si la « stratégie du hérisson » « toutes épines dehors » ne produit pas l’effet escompté, comme le souligne Didier Heiderich, « les multinationales, les pouvoirs financiers et politiques (qui) n’ont d’autres volontés que de protéger le statu quo » doivent alors mettre en place une manœuvre d’évitement en « transférant les risques vers le bas de la hiérarchie sociale[19] ».

 

 

« Ne croyez-vous pas, Chers collègues, que notre engagement, nous fait obligation de réfléchir avec sérieux sur le sens de la formation que nous voulons donner, à l’Université, et dans ce contexte, à cette jeunesse qui nous fait encore… confiance ? »

 

Gilles Waksman

 

 

 



[1] Charles Soulié: « Mais que deviennent nos étudiants ? Une enquête sur le devenir professionnel des étudiants en sociologie ? », La lettre de l’ASES, n° 29, octobre 2000, page 1.

[2] Charles Soulié, ibid, « Un tiers seulement a eu son Baccalauréat à l’heure et très peu ont eu une mention » et l’on notera que «  la majorité des étudiants de Licence ont dépassé l’âge normal à ce niveau d’études, soit 21 ans ».

[3] Grégoire Bigot, « Massacre organisé à l’université », Le Monde du 6 avril 2006. Grégoire Bigot est professeur des Universités, Doyen de la Faculté de Droit de Nantes, laboratoire : « Droit et changement social » (UMR CNRS 6028).

[4] Calcul effectué à partir des statistiques du Ministère de l’Education Nationale et de la Recherche, à partir des données fournies par université… pour l’année 2004-2005, dernières données accessibles.

[5] Alain Chenu : « La non professionnalisation de la sociologie française : les sociologues, l’université de masse et la montée de l’emploi » Commission au 14ème congrès mondial de sociologie, Montréal, 1998, page 18.

[6] Odile Piriou : « La sociologie des sociologues », ENS Editions, Paris 1999 et « Le métier des sociologues », in liens socio, le portail français des sciences sociales, www.liens-socio.org.

[7] Grégoire Bigot, op.cit.

[8] Cf. Pierre Bourdieu, « La Distinction, critique sociale du changement »éditions de Minuit, 672 pages, Paris 1979, page 151,

[9] Charles Soulié : « Les étudiants en sociologie d’aujourd’hui : matériaux pour une histoire disciplinaire », La lettre de l’ASES, n° 30, décembre 2001.

[10] LMD : Licence (bac + 3), Master  (bac+5) , Doctorat (bac +8).

 

[11] « Les Hauts Plateaux », pièce de Patrick Tudoret ; Théâtre rive gauche, Paris. (31 mars- 4 mai 2006)

[12] Grégoire Bigot, Le Monde, 6 avril 2006, op. cit.

[13] Charles Soulié  (2001) op. cit.

[14] Jules prince de Polignac (1780-1847), Premier Ministre français du 8 août 1829 au 30 juillet 1830.. « Droit dans ses bottes » et après avoir reçu  l'assurance donnée par le préfet de police que « Paris ne bougerait pas »,qu’ il convainc le vieux roi Charles X qu’il faut passer en force : ce sont les quatre Ordonnances de Saint-Cloud, du 26 juillet 1830. La révolution des « Trois glorieuses » ( 28,29,30 juillet 1830) qui s'ensuit , signe alors sa chute et celle des Bourbons et de la monarchie légitime en France.

 

[15] Charles Soulié (1999) op. cit.

[16] Sophie de Menthon, présidente d’ETHIC (Entreprises à Taille Humaine Indépendante et de Croissance) citée par La Lettre du cercle des libéraux, 30 mars 2006.

[17] Ulrich Beck : « Risikogesellshaft.auf dem Weg in eine andere Moderne ; Frankfurt am mein, Suhrkampverlag, 1986 ; « La société du risque, sur la voie d’une autre modernité », traduit de l'allemand par Laure Bernardi, 519 pages, Paris, Aubier, 2001.

[18] U. Beck. op.cit, page 36.

[19] Didier Heiderich , Président de l’observatoire international des crises (OIC) « Internet et le management de l’imprévisible », Visionary, Marketing.com, novembre 2003, page 4.

Par Waksman - Publié dans : ensemble.elections2005
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